MAGIQUE ALGERIE (part 4):

TIMGAD LA POMPEÏ AFRICAINE

  (par Farid GHILI)

L‘Algérie foisonne de sites, historiques, naturels, archéologiques.  Ces merveilles ne demandent qu’à être découvertes par les visiteurs qui ne manqueront pas  d’être séduits  par un pays qui n’accorde pas au tourisme l’intérêt qu’il mérite et qui ferait de lui, une destination phare  par excellence, à l’image de ses voisins, pourtant moins bien nantis par Dame nature 

Parmi ces merveilles,  sept ont été classées par  l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité :

La Qalâa des Béni Hammad classée en 1980; Tassili n’Ajjer classée en 1982; Vallée du M’Zab classée en 1982; Timgad classée en 1982; Djemila classée en 1982; Tipasa classée en 1982; Casbah d’Alger classée en 1992. Dans ce numéro la 4eme partie de notre panorama.

Qui n’a jamais vu Timgad une colonie militaire à l’origine (Colonia Marciana Traiana Thamugadi) ne saurait comprendre, comment était une ville romaine à composante majoritairement autochtone. Timgad, une cité qui symbolise, l’omnipotence dans ses dimensions, militaire, économique, culturelle une cité qui  incarne l’unité urbaine et personnifie l’organisation romaine. Celui qui la découvre pour la première fois, n’éprouvera probablement pas, de prime abord, la même fascination que pour Tipasa, disséminée  dans son décor varié, enchaînant le maritime au champêtre, ou pour  Cuicul, enroulée dans ses ruines multi séculaires, fouillis d’évocations. Mais ne dit-on pas que la première impression n’est pas toujours la bonne ? Les fouilles ont redonné naissance  à une impressionnante cité, dont la construction s’est étalée sur cinq siècles ; Sous mes yeux émerveillés, surgissant du passé, émerge maintenant, une grande cité romaine,  quasiment intacte.

Qui visite Timgad, cette image vivante de la domination romaine en  Afrique du Nord, ne manquera pas de relever l’orthogonalité du tissu urbain, selon  un plan hippodamien. Sa structuration, suivant les axes consacrés, cardines et decumanes, départagent la ville en insulae plus ou moins égales, rappellent la linéarité des villes américaines et bien avant, la colonie  sumérienne d’Habura Kabira, construite à la fin du IV eme millénaire av.J.C, sur un plan préconçu en damier. A la différence des autres cités de l’antiquité, Timgad a la chance de ne pas  avoir été étouffée sous les strates des autres civilisations ou conquérants. Cette cité, fera dire  à un homme d’esprit faisant de la sensibilité que « Timgad dégage une émotion intellectuelle d’une richesse archéologique, rappelant Pompéi ».  Pompeï l’Africaine.

Qui a visité Timgad, comprendra qu’on a ouvert les yeux aux beautés du genre sortilège enchanteur d’une cité déployée au soleil, dont l’esprit  obsède ad vitam aeternam, ces vestiges de magnificences. Quand James Brucen, un explorateur écossais a découvert  en 1776, un arc de triomphe partiellement enseveli, il ne se doutait  pas que sous ses pieds, étaient enfouies les ruines de la plus belle et plus grande colonie romaine, construite en Afrique du Nord. Mais la laideur, jalouse de  tant de beauté  a décidé de  punir cette splendeur éternelle

 

Qui  visitera Timgad, sera indigné. Indigné par cet immense théâtre, « Toutenbéton » construit, au mépris des lois de la République et du champ de visibilité des monuments antiques qui l’entourent et, pire, au-dessus de vestiges non encore explorés. Comment peut-on infliger une telle blessure à un site classé « patrimoine national » depuis plus d’un siècle ? Comment peut-on transformer en  vulgaire « Timgadland », un « patrimoine mondial » depuis près de 36 ans? Ne cessent de dénoncer,  les pourfendeurs de cette abomination.

Mais après réflexion, je ne peux m’empêcher de relativiser cette réaction épidermique, au regard de son impact positif, pour la protection du théâtre antique de 3500 places, soulagé de la foule de visiteurs indisciplinés et de véhicules, qui risquent de fragiliser ses structures.

Qui  visitera Timgad, remontera le temps jusqu’au 1er siècle av.J.C, et comprendra comment les romains ont réussi à composer avec les turbulentes tribus indigènes, en les attirant dans une cité, qui permet d’améliorer la vie sociale, grâce d’abord, au commerce de leur produits, ensuite en succombant  à la chaleur extatique de ses thermes et à la découverte des divertissements  qu’offrait le théâtre, enfin en décidant de s’installer définitivement, pour obtenir la citoyenneté après s’être engagé pendant 25 ans dans la légion. Cette pax romana a conduit  en à peine 50 ans  après sa fondation, à faire de Timgad, une ville  principalement habitée par des autochtones

Je ne m’étalerai pas plus, sur l’histoire et l’ultime anéantissement de Timgad, car je préfère ne retenir que cet émerveillement et  ne pas accabler toutes ces personnes, qui font de leur mieux pour perpétuer sa splendeur. Parmi ces personnes, je tiens à remercier, le responsable du site qui nous a servi de guide et, ouvert exceptionnellement, les portes du musée, fermées depuis tellement longtemps, pour travaux. Mais pour entamer cette visite muséale, faut-il que les femmes qui font le désherbage des pavés du Cardo nous rejoignent, trop occupées, à vrai dire,  par une opportune cueillette, de tiges de fenouil sauvage, à l’évidence, épargnées de l’inévitable pollution des bords de route. Ce souvenir éphémère est voué à finir dans un bocal pour la préparation traditionnelle d’olives cassées au fenouil. Je referme le couvercle du bocal et m’engouffre dans ce musée enfin accessible, depuis qu’il est devenu une fortification impénétrable pour le public.

Les bas reliefs, les bustes en l’honneur de Venus, Diane, Pscyché…,  sont splendides et les mosaïques tapissant les murs et les sols du musée, sont toujours aussi bellisimes que dans les souvenirs fugaces  de ma dernière visite, qui remonte à plus de 30 ans. Cependant, certaines de ces mosaïques semblent irrémédiablement endommagées, à cause des fractures qui parcourent les  murs et sols qui les supportent. Pour éviter ce risque inhérent à des défauts de construction des bâtisses ou à des séismes, il faudrait peut être que les mosaïques ne soient plus fixées, directement à même le sol et les murs, mais sur des supports, en bois, éventuellement.

Je n’appuie  pas ce reportage, de photos de l’exposition muséale car il aurait été mal venu de ma part, d’enfreindre les consignes, interdisant les prises de vue, à l’intérieur du musée. Même Mimia B ;  grande amatrice de selfies, malgré le jeu du chat et de la souris avec un gardien, à qui on la fait pas, n’a pas,  réussi  à  s’immortaliser devant ces représentations de scènes de  la vie romaine ou plutôt de berbères romanisés.

Timgad ou encore Thamugadi en langue berbère, (« la fortunée »), fondée ex nihilo en l’an 100 après J.C par l’Empereur Trajan, comme colonie, qui demeure l’une des plus belles cités de la période Numido-romaine en Afrique, est classée depuis 1982 par l’UNESCO, patrimoine mondial de l’humanité.

La visite est achevée, mais comment…

Quitter Timgad, sans un déchirement.

Quitter Timgad, sans laisser une partie de soi.

 

Farid GHILI

Club Alger Liberté

Administrateur du groupe HPA

Histoire et Patrimoine de l’Algérie