UNE ALGERIENNE D’ORAN LAUREATE

Une algérienne Nihad REMILI d’Oran, a récemment remporté le concours des jeunes plumes (11 à 13 ans)

Chaque année, le Lions Club de France organise un concours des « Jeunes Plumes Francophones » avec pour objectif :

  • de valoriser la francophonie, vecteur essentiel de la littérature d’expression française et de la Culture.
  • de favoriser le développement des valeurs humanistes portées par la langue française : liberté, démocratie, droits de l’Homme et respect des différences.
  • de valoriser l’apprentissage du français auprès des jeunes étrangers

En 2016-2017, le thème du concours était « la dignité », et malgré la difficulté du sujet les textes reçus par le jury ont été de grande qualité.

Il y a eu au total 163 candidats issus de 26 pays et des résultats extrêmement serrés :

Le  1er prix  est revenu à Nihad REMILI d’Algérie, professeur madame Zerrif,  CEM OULD- KARA SAID d’Oran

Le texte de la laureate:

Chère Humanité,
Je t’écris de partout, et de nulle part à la fois. Je t’écris du plus profond du coeur des Hommes,
caverne impénétrable où s’amoncellent secrets et envies.

Te souviens tu de moi ? Je suis ton amied’enfance, la dignité, dignitas en latin. Tu sais, celle que l’on confond si souvent avec la fierté,l’orgueil. C’est drôle, non ? Comment peut-on imaginer que je suis la fierté, cause des disputes desHommes, qui commencent subitement et se stoppent de la même manière, combats de coqs et feux
de paille ? Alors que moi, j’empêche ces mêmes Hommes de commettre tellement d’irréparables
erreurs. S’ils ne se souciaient pas de leur dignité, jusqu’où iraient-ils ? Je ne le sais pas moi-même.
Quelques personnes me définissent comme le respect, l’égard que l’on porte à quelqu’un. D’autres,
plus philosophes, disent de moi que je suis la gravité, la noblesse des manières, le respect à soi
même.

En fait, les deux définitions se rejoignent. Si je devais me décrire, je dirais que je suis la
prestance, l’honneur, l’auto-respect et l’amour propre que chacun de tes enfants porte en lui. Si l’on
veut attaquer une personne, il faut commencer par m’anéantir. Connais-tu l’expression « Il n’est pas
digne » ? Cela exprime le fait qu’il m’a tellement malmenée que je suis partie, le laissant, être
insipide, sur lequel tout le monde marche. J’ai aidé tant de politiciens, de militants, de généraux. Ils
marchent le menton haut, montent sur cette estrade qui domine leur public, et proclament les
discours qui vont les propulser vers la victoire – que ce soit en gagnant les élections, en soutenant
une cause qui leur semble juste, ou en rassurant leurs soldats à la veille d’une bataille décisive. Si
Cléopâtre ne m’avait pas eue à ses côtés, aurait-elle réussi à éconduire l’empire romain ? Aurait-elle
préféré la mort de la main de ses envahisseurs plutôt que de succomber au venin d’un serpent
venant de son pays, sorti de la même terre d’Egypte qu’elle ? Et si j’avais quitté Martin Luther King
alors qu’il montait sur l’estrade, serait-il à présent l’un des plus grands combattants de l’Apartheid au
monde ? J’en doute. Sais-tu que je suis là depuis aussi longtemps que tu existes ? Nous avons
pratiquement le même âge, en réalité. Les Hommes préhistoriques eux-mêmes, n’enterraient-ils pas
leurs morts, afin qu’ils rejoignent l’au-delà drapés dans leur dignité ? Encore une fois, je te répète
que je vis depuis que tu vis. Nous pourrions même être jumelles, tu ne trouves pas ? Mais peut-être
que tu veux une autre preuve. J’étais là, présente, pendant le moyen-âge, aux côtés des rois. J’étais
à la renaissance, aussi. Si tu regardes bien Mona Lisa, La Vénus de Milo, ou encore le portrait
d’Aphrodite, tu remarqueras leurs dignes ports de tête.

A présent, j’espère que tu saisis qui je suis.

En vérité, si je t’ai écrit, c’est surtout car tes enfants commencent à m’oublier. Rares sont ceux qui se
souviennent encore de moi comme à mes débuts.

Enfin, j’espère que c’est rattrapable.
Sur ce, je t’envoie mes salutations distinguées.

Ta chère amie que tu commences à perdre de vue, la dignité.